|
|
« The light of The One who is infinite has no
form ; it follows the outlines of the one who receives it- for
the best and for the worst .This is why it is to us to give it a
form. We have to do our best for the Light of God to follow the
lines of the grace and not of the malediction ." Rabbi Nachman
of Bratslav
Rabbi Nachman ( Likutey Moharan, I,3 )
Incandescent squares surrounded by shade, tar,
bitumen from Judea, burnt umber or blued candle black or ochre
irradiated from an inextinguishable source, the paintings of
Sandra Zémor, clouded by old gauze which would have been used to
tend unspeakable wounds, stand in an enigmatic silence. Only a
few symbols emerge from the material of her paintings, obstinate
in their extreme austerity, like traces of ancient prayers,
rescued from being scattered by desecration, traces which would
grant full memory against the
mists of oblivion.
Julio Maruri (1997.)
Des carrés
incandescents entourés d’ombre, goudron,
bitume de Judée, terres brûlées ou bien de noir de
bougie bleui, ou
bien des ocres comme irradiés par un
foyer inextinguible, les toiles de Sandra Zémor,
embrumées par de la gaze ancienne qui aurait servi à
panser d’indicibles blessures, se
tiennent dans un silence énigmatique. Seuls, de la
matière de ces toiles, émergent, butés dans leur
extrême austérité, quelques caractères, traces
d’antiques
prières arrachées, dispersées par la profanation,
qui sembleraient impétrer-contre
les brouillards de l'oubli-le plein jour de la
mémoire.
Julio Maruri (1997.)
La beauté des dessins de Sandra Zémor s'impose avec une telle
force qu'il semble futile de les commenter avec des mots qui
paraîtront toujours en deçà de la splendeur qui s'en dégage. La
finesse, la profondeur et la fulgurance du trait rappellent
l'énergie et la délicatesse des calligraphes chinois. Associer
la douceur tragique des collines, des murs, du ciel de Jérusalem
avec la plénitude du vide, la sensation d'infini des peintres
orientaux, nous plonge dans une dimension visionnaire,
extatique, qui transporte hors de la pesanteur terrestre. Ce
voyage pictural est ponctué d' un conte de Rabbi Nahman de
Bratslav qui crée un subtil réseau de correspondances,
d'harmonies secrètes, entre l'écrit et le dessin.
Les images et les thèmes obsessionnels de Nahman - l'exil, la
souffrance humaine, le désir, la brisure de la tradition,
l'empreinte voilée de Dieu sur terre, la nostalgie messianique
de l'unité perdue et du Temple - se répondent, s'entremêlent
avec une intense subtilité. Le choix de ce récit fragmenté, au
rythme heurté comme une blessure, associé à la sereine élégance
des dessins projette l'ouvrage dans une dimension de suspension,
d'attente et d'espérance.
Sans doute se dévoile-t-elle aussi dans la rencontre que Sandra
Zémor précipite entre la mystique juive et la peinture zen.
Jean Baumgarten
Le pinceau de Sandra Zemor s'aventure dans l'espace infini, ses
noires esquisses nous y apparaissent comme des esquifs fragiles,
à la merci de météorites venus du fond du monde. Puisque ce
pinceau est fin comme une plume, il s'agit là d'une audacieuse
écriture, calligraphie qui suggère en quelques traits allusifs
et précis tout un paysage, le penchant d'une colline, un
édifice, des cyprès, des oliviers, suggestion mais aussi
imposition inoubliable parce que ces très beaux dessins
conjuguent déchirante douceur et dureté indestructible, celle en
vérité de la pierre noble de Jérusalem, cité d'éternité qu'ils
décrivent et à laquelle ils sont justement dédiés.
Claude Lanzmann |